“L’État profond américain déteste les Serbes. Il nous voit comme un îlot de résistance à leur projet de nouvel ordre mondial”, interview avec Nikola Mirkovic

29. decembra, 2021 Napišite komentar

4. Comment expliquer l’atlantisme dans lequel baigne une partie de nos élites?
Les Américains ont compris depuis longtemps qu’il valait mieux coloniser les élites que coloniser des territoires. C’est la grande différence entre les politiques de colonisation américaine et européenne. Par leur « soft power », les Américains ont savamment réussi à tisser depuis des générations des réseaux d’hommes qui sont convaincus que Washington est un meilleur défenseur de la liberté et de la stabilité que leurs propres pays. En France, le Général de Gaulle disait déjà dans les années 1960 : « Le grand problème (…) c’est l’impérialisme américain. Le problème est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les têtes. » Les Américains ont également mis en place des think tanks et fondations extrêmement puissants qui séduisent une partie de l’élite française comme la French American Foundation dont sont sortis, entre autres, Emmanuel Macron, Édouard Philippe, François Hollande, Alain Minc, Anne Lauvergeon, Mathieu Pigasse, Xavier Niel ou Najat Vallaud-Belkacem. L’Amérique fait rêver lune partie de l’élite serbe qui ne voit que la partie émergée de l’iceberg. Quand ces élites pensent aux US, elles pensent à Hollywood, à Yale, aux GAFAM, à New York mais elles ne connaissent rien ou feignent d’ignorer les révélations de Snowden, la paupérisation de l’Amérique et les millions de morts des guerres US dans le monde. Il y a là un problème majeur d’éducation et de connaissance de l’histoire de la part d’une partie de nos élites qui vénèrent l’Amérique aveuglement comme un veau d’or. Cette situation est moins grave en Serbie qu’en France mais nous devons faire attention.

5. Edward Snowden a montré à l’humanité entière l’existence d’un tentaculaire capitalisme de surveillance. Peut-on songer à quoi que ce soit qui rendrait la chose réversible ? Ce monde irait beaucoup mieux si on respectait tout simplement le droit international et si l’ONU faisait son boulot. Il est un secret pour personne que les US se soumettent au droit international que quand cela les arrange. Les US ont bombardé illégalement la Yougoslavie et l’Irak sans mandat de l’ONU. Est-ce que l’ONU a appliqué des sanctions contre Washington pour autant ? Absolument pas. Rappelons-nous que l’ancien Secrétaire Général de l’ONU Boutros Boutros-Ghali disait que « L’ONU est juste un instrument au service de la politique américaine. » Il en est de même pour la surveillance de ses alliés. A-t-on vu la France ou l’Allemagne taper du poing sur la table ou appliquer des sanctions contre les États-Unis quand ces derniers les ont espionnées ou leur ont infligé des amendes monstrueuses ? Non, rien. Julian Assange est un journaliste qui a fait un travail incroyable pour dévoiler les méthodes illégales et criminelles employées par les États-Unis. Il croupit dans une prison britannique aujourd’hui et il risque une extradition vers les États-Unis où il pourrait être condamné à mort. Voyez-vous beaucoup de politiciens et de journalistes européens prendre sa défense ? Non, quasiment personne. Tout le monde a peur des USA. Il faut plus de courage dans les classes dirigeantes européennes et à Bruxelles pour dénoncer les pratiques américaines. Le droit sera leur meilleur outil s’ils osent s’en servir.

6. On dit que la victoire du diable c’est d’avoir fait croire qu’il n’existait pas. Le projet américain sur l’Europe n’existe pas non plus?
Nous avons accès aujourd’hui à tous les éléments de preuve nécessaires pour prouver que l’Europe telle qu’elle a été construite a été fortement façonnée par les Américains. Après la Deuxième Guerre Mondiale, Washington voulait reconstruire l’Europe le plus rapidement possible pour relancer son économie et construire un bloc homogène et prospère face au bloc communiste. Cela s’est fait à un prix qui est celui de la souveraineté des pays européens et même de la souveraineté européenne. Les États-Unis nous ont laissé croire qu’on était en train de bâtir l’Europe alors qu’en réalité ils tiraient les ficelles. Pour l’historien français Eric Branca, Jean Monnet, un des « Pères de l’Europe », est « le véritable proconsul des intérêts américains en France. » Dans Le grand échiquier Zbigniew Brzezinski ne mâche pas ses mots et lâche que « l’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale des États-Unis. » Il rajoute que : « l’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses États rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires. » Peut-on être plus clair ? Jacques Attali a révélé dans Verbatim que François Mitterrand lui a un jour dit : « Pour Reagan, l’Occident est un protectorat qu’il administre comme le faisait autrefois notre administration coloniale dans l’empire. » L’Union européenne n’est pas une puissance réellement autonome et c’est là sa plus grosse faiblesse. Elle doit s’affranchir de la tutelle de Washington pour devenir véritablement indépendante et défendre ses propres intérêts et les intérêts des Européens.

7. Qu’est-ce que les États-Unis redoutent chez nous?
Les États-Unis craignent nos velléités d’indépendance à leur égard.  Washington déteste quand la Serbie signe de grands partenariats avec la Russie ou la Chine. Washington sort de ses gonds dès qu’un pays européen s’affranchit de ses ukases. On l’a vu encore récemment au sujet du pipeline Nord Stream 2. Voilà un projet 100% européen (au sens continental du terme) avec de nombreuses sociétés européennes réunies pour un programme énergétique majeur et les États-Unis font tout pour le faire capoter. Malheureusement Bruxelles s’est rangé du côté de Washington mais Berlin a montré plus d’audace. Ce projet est important pour l’Allemagne et différents pays d’Europe de l’Est ainsi que la Russie. La seule raison pour laquelle Washington veut bloquer le projet est pour empêcher la Russie de se rapprocher de l’Allemagne et de l’Europe. La seule raison qui motive les États-Unis est de remplacer la Russie comme fournisseur d’hydrocarbures à l’Europe. Les US veulent nous vendre leurs gaz de schiste, extrait de manière polluante, qui est plus cher que celui que nous envoient les Russes. Nous avons tout intérêt à créer un véritable partenariat stratégique avec la Russie qui est un pays européen de plein droit. Les sanctions imposées par les États-Unis et qui sont appliquées bêtement par les pays de l’Union européenne font plus de mal à nos exportateurs qu’aux Russes qui ont trouvé d’autres sources d’approvisionnement ou qui se sont mis à produire localement. Ce rapprochement possible avec la Russie, ainsi que la participation de pays européens au projet des nouvelles routes de la soie chinoises sont les deux plus grandes craintes de Washington.

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